Nous exigeons que les leaders politiques fassent preuve d’honnêteté et rendent des comptes pour les décès survenus sous leur responsabilité
Nous marquons nos deuils aujourd’hui, lors de la Journée internationale de sensibilisation aux surdoses.
On n’a plus à rehausser la sensibilisation, du moins parmi les décisionnaires. Les morts sont comptabilisées et les statistiques ahurissantes de la dernière décennie sont publiées par le gouvernement fédéral et les provinces sur leurs sites Web : 56 631 décès évitables au Canada entre 2016 et la fin de 2025. La Colombie-Britannique a déclaré une urgence de santé publique à l’échelle provinciale en 2016 et des dizaines d’administrations municipales et de villes du Canada ont adopté des motions et déclarations similaires.
Tous les paliers de gouvernement sont pleinement conscients des décès qui surviennent sur leur territoire à cause de l’approvisionnement en drogues toxiques au Canada. Ils connaissent également les données probantes sur les moyens efficaces pour prévenir les décès et autres préjudices liés aux drogues toxiques, pour relier les personnes à des soins et pour renforcer les communautés. Il y a deux ans à peine, nous partagions avec grand espoir un rapport sur l’expansion prometteuse des services de consommation supervisée, assorti de recommandations claires pour éliminer les obstacles à l’accès. Nous y exposions les raisons justifiant l’expansion des sites de consommation supervisée à travers le pays et les interférences politiques à la mise en œuvre de cette mesure urgente.
Au lieu de développer des communautés favorables à la santé et à la vie des personnes à risque de surdose, les gouvernements partout au Canada démantèlent les rares services existants et adoptent des politiques qui aggraveront la situation. Trop souvent, la réduction des méfaits et le traitement sont présentés comme étant en opposition, plutôt que comme des éléments qui font partie d’un même continuum de soins.
Les gouvernements de l’Alberta et de l’Ontario, par exemple, ont non seulement refusé d’élargir les services de santé à l’intention des personnes à risque de surdose, mais ils se sont également enorgueillis d’avoir supprimé des sites de consommation sécuritaire dans de nombreuses communautés, avec une insouciance irresponsable et en toute connaissance des vies mises en danger.
De nombreuses provinces du Canada – y compris, une fois de plus, l’Alberta et l’Ontario – prônent à présent un traitement médical forcé des personnes qui utilisent des drogues, en violation de leurs droits humains. Comme nous l’indiquions à la mi-août dans notre réponse au Groupe des maires de grandes villes de l’Ontario, qui lançait un appel au traitement involontaire, cela va à l’encontre de recherches qui montrent qu’un traitement forcé peut entraîner des résultats défavorables à long terme, en plus d’augmenter la mortalité et la morbidité.
Depuis 25 ans, les communautés à travers le monde se mobilisent pour commémorer la Journée internationale de sensibilisation aux surdoses. Aujourd’hui, nous participerons à des activités dans les collectivités où nous vivons et travaillons, le cœur lourd de ces pertes immenses et avec un profond sentiment que cette journée ne devrait pas être – mais que les choix politiques délibérés de nos gouvernements la rendent nécessaire.
L’approvisionnement en drogues toxiques au Canada entraîne des décès et des préjudices dans toutes les communautés du pays, mais nos dirigeant-es politiques privilégient les mesures coercitives et punitives au détriment de la solidarité et des soins de santé. Les moyens qui auraient permis de sauver plus de 50 000 vies au cours de la dernière décennie – une réponse ambitieuse fondée sur les données et sur les droits humains – sont connus et concrets. Nous allons persévérer malgré l’apathie et l’opposition, jusqu’à ce que chaque personne qui utilise des drogues au Canada soit traitée avec dignité et respect.
Dans la solidarité,
Le Réseau juridique VIH